L'éloge du chou
 
... Supposez cet humble crucifère aussi récemment importé, d'une culture aussi difficile que le bégonia,  il passe plante à feuillage ornemental, et en cette qualité s'installe dans les boudoirs les plus coquets.      
...Vous êtes parfaitement autorisé à vous extasier devant le chou de Milan aux larges feuilles frisées et cloquées, aux nervures brillantes, ou devant le chou rouge, dont les tons pourpres foncé se fondent si agréablement avec le vert sombre. Il n'est pas jusqu'à l'élégance du port dont vous ne trouveriez un spécimen dans le chou cavalier, dont certaines variations à feuilles panachées, dentelées et gaufrées sur leurs bords, ont fini par conquérir leur place dans le parterre.      
...Il n'est pas un seul d'entre vous qui pendant au moins dix ans, n'ait été complètement convaincu qu'il était venu au monde à l'ombre tutélaire de ces feuilles...     
...Le chou partage avec les laitues et les raves l'honneur d'avoir représenté le frugal menu des citoyens de la grande république. 
 
 
 
 
 
D'ailleurs la gastronomie ne répudie pas autant le chou que les détracteurs de cet honnête légume cherchent à le faire croire : je ne citerai pas le blindage onctueux et savoureux qu'il représente autour de deux vieilles perdrix, escortées de petit salé et de saucisses, le tout mouillé d'un coulis d'une combinaison savante et longuement mijotée. Ceci est un plat classé...   
    
Terminons cet éloge du chou par l'énumération des vertus bienfaisantes que lui prêtait l'ancienne thérapeutique ...C'était principalement contre les maux respiratoires qu'il était souverain ; on tirait du chou rouge un sirop excellent contre l'asthme, la semence de chou s'employait comme vermifuge, la saumure de la choucroute contre les brûlures, une feuille de chou froissée et appliquait sur le côté calmant immédiatement la douleur dans la pleurésie. Ces feuilles étaient réputées chaudes, sans acrimonie, dessicatives, vulnéraires et souveraines pour la guérison des ulcères...