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La digitale est une autre délaissée ; les rêveurs qui
hantent les grands bois et les enfants en quête de jouets, représentent
le plus gros de sa clientèle.
Les
premiers s'arrêtent devant la carrière sablonneuse où
elle a poussé ses tiges élancées, où s'étagent
ses tubes couleur de pourpre, dont l'intérieur d'un blanc légèrement
rosé est moucheté de taches plus foncées, et les yeux
charmés restent longtemps fixés sur cette parure des solitudes.
L'enfant
qui n'est point contemplatif, se hâte de rassembler ces belles fleurs
rouges en bouquet, qu'il rapporte triomphalement, mais non sans en détacher,
chemin faisant, de nombreuses clochettes dont il chausse ses doigts, d'où
le nom de doigtier que l'on donne à la digitale dans quelques localités.
Avec
son port élégant et sa riche livrée, je trouve cependant
à la digitale quelque chose de farouche :
elle
se présente bien comme une fille des bois sauvages, et cette bigarrure
charmante de son calice, il faut pas oublier qu'on la retrouve sur la robe
du tigre et sur la peau écaillée du serpent.
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Comme
le reptile, elle a effectivement son venin ; venin bienfaisant après
certaines préparations et à petite dose, car c'est lui que
la médecine utilise pour combattre les affections de notre organe
le plus essentiel ; poison assez redoutable s'il était inconsidérément
absorbé, qui va jusqu'à stupéfier le système
nerveux.
Il
ne tenait qu'à la culture de faire produire à la digitale
d'intéressantes variétés qui lui eussent assuré
un rang distingué dans nos jardins ; elle a trouvé sans doute
qu'ils étaient trop riches, elle ne s'en est jamais occupée;
la variété blanche qui existe dans le commerce n'est pas
un gain horticole, elle est un accident de la nature ; il y a plus de vingt
ans que nous l'avons trouvée à l'état sauvage dans
les montagnes de l'Ardenne Luxembourgeoise.
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