La coloration des feuilles
 
... La physiologie, qui veut le mot de toutes les énigmes, a voulu déterminer les causes 
de la décoloration de la feuille, 
aussi bien que celle de sa chute. 
Des feuilles facticement abritées ont conservé leur nuance primitive jusqu'au moment où elles se détachaient de la branche, et cela tandis que leurs voisines passaient soit au rouge soit au jaune ; d'autres feuilles, dont une fraction seulement était tenue dans une obscurité protectrice, n'ont modifié leur teinte que dans cette fraction, tandis que l'autre partie restée découverte, subissait la décoloration automnale. On en a conclu que la direction et l'intensité des rayons solaires étaient pour quelque chose dans cette transformation annuelle. 
Mais le phénomène est complexe ; c'est fort humiliant pour le dieu du jour mais la science lui a découvert un collaborateur dans cette opération, tout comme s'il s'agissait d'une opérette ; un travail chimique qui s'opère dans les tissus est pour quelque chose dans la métamorphose. 
 
 
Vous connaissez les principes de la respiration des végétaux ; elle est un privilège de leurs parties vertes; pendant la nuit, ces parties empruntent de l'oxygène à l'atmosphère et lui restituent de l'acide carbonique ; sous l'influence des rayons solaires, au contraire, cet acide carbonique se décompose, la plante en absorbe le carbone et l'oxygène rendu libre se dégage. Or, lorsque la couleur des feuilles se modifie, elles perdent cette faculté et cessent d'exhaler leur oxygène. Celui-ci se trouvant en surabondance, se fixe sur les parties vertes  contenues dans les utricules ou cellules de leurs tissus; il les oxyde comme il oxyderait d'autres substances, et cette oxydation contribue à parfaire la dégradation du coloris. 
Peut-être me saurez-vous bon gré d'avoir, en vous révélant ce petit mystère, réduit à sa juste valeur une des images dont l'idéalisme se plaisait à faire flèche. 
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